PARCOURS ANALYTIQUE DU SOLFEGGIETTO POUR FLÛTE N °1

Par Williams Montesinos

Avec les exemples de WEBERN et VARÈSE {a} {b}, nous avons observé notamment l’opposition variant-invariant fixe un son comme entité référentiel. Il est à remarquer également que ce son de référence peut se présenter au moins de deux manières à l’intérieur du mouvement sonore : l’une, par exemple chez VARÈSE, impose à la perception une fixation sur un objet constant ; l’autre, comme dans le cas de WEBERN, donne de manière invisible mais bien présente, la distribution symétrico/spatiale autour lui. Cependant, considérons à présent la dualité affirmation et diminution dans l’opposition variant-invariant chez C. BALLIF.

Référentiel du Solfeggietto n°1


L’ensemble ci-dessus correspond au référentiel qui donnera naissance au Solfeggietto n°1 pour flûte seule. Un simple survol et on constatera l’absence de la note sib — ce qui imposera pour ce premier ensemble le ton indicatif de mi — selon les préceptes théoriques annoncés dès 1949 par C. BALLIF.

Tout d’abord, rappelons que l’idée de C. BALLIF dans l’élaboration des pièces pour instrument solo, a été mise en pratique dès 1961 (Chap. 78)— alors qu’il travaillait avec Pierre SCHAEFFER au G.R.M.

En effet, le concepteur des objets sonores avait demandé, à chacun de ses élèves participants, la confection d’une musique pour un film imaginaire — dont le principe esthétique consistait à signifier que toute musique était adaptable à n’importe quel film. Ainsi, sont nés les deux premiers Solfeggietti pour instrument solo : le premier pour flûte et le deuxième pour cor anglais.Considérons à présent le référentiel émergé  dans son mouvement :

Figuration référentielle


Le début de cette œuvre nous annonce d’emblée une tâche difficile pour l’analyse, étant donné que l’ensemble référentiel — lui-même suffisant pour ouvrir le mouvement — se trouve submergé dans une figuration thématique stricto sensu. C’est pour cela, et malgré les analyses traditionnelles concernant le découpage de cette pièce — à savoir en trois grandes parties —, que nous avons envisagé la même démarche de segmentation employée pour l’analyse de DENSITY 21.5 de VARÈSE, car à notre avis, elle rend plus claire la perception du conflit énergétique (statisme/dynamisme) déclenché par le pivotement d’une unité métrique de référence et d’un jeu dynamique entre les extrêmes.


PREMIÈRE PARTIE DU SOLFEGGIETTO N°1

PREMIÈRE SECTION : INTRODUCTION

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 104 bpm

INVARIANT HARMONIQUE : LA→MI→SI

SON ANTIPODE : Sib

OPPOSITION VARIANT – INVARIANT

Section I


DEUXIÈME SECTION : MÉDITATIVE

MOUVEMENT métronomique : 88 MENO

INVARIANT HARMONIQUE : LA→MI→SI

SON ANTIPODE : Sib

AFFIRMATION DE L’OPPOSITION VARIANT – INVARIANT

Section II


TROISIÈME SECTION : MODULATIONS MODALES

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 132 bpm

INVARIANT HARMONIQUE : NOYÉ

SON ANTIPODE : Sib ENCORE ABSENT

DIMINUTION DE L’OPPOSITION VARIANT – INVARIANT

Section III


Modulations modales


QUATRIÈME SECTION :

ALTERNANCE ANTÉCÉDENT / CONSÉQUENT .

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 144 bpm VIVO CON SPIRITO

STABILITÉ DE L’INVARIANT HARMONIQUE LA→MI→SI

Section IV


CINQUIÈME SECTION : DILATATION MÉTRIQUE

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 88 bpm

Section V


SIXIÈME ET SEPTIÈME SECTIONS : PRÉPARATION DE LA

CADENCE MÉTATONALE

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 104.

RÉINTRODUCTION DU SON ANTIPODE la dièse (a titre d’accident)

PRÉPARATION DE LA PREMIÈRE MODULATION DE

L’INVARIANT HARMONIQUE

Dilatation métrique

Sections VI – VII

HUITIÈME ET NEUVIÈME SECTIONS :

(parenthésé avec accélération et conclusion)

AFFIRMATION DE L’INVARIANT HARMONIQUE

TON INDICATIF : SOL #

MOUVEMENTS métronomiques :

a) 144-152 vivacissimo

b) 104 (T°) conclusion

Sections VIII – IX

Fin de la première partie


DEUXIÈME PARTIE

MODULATIONS DE TEMPI

Dès le début de sa carrière, C. BALLIF a toujours porté une attention très profonde à la problématique de la durée — celle-ci, vue sous l’angle de l’articulation métrique dans son mouvement. Certes, le vocabulaire développé à travers ses écrits n’est pas si éclairant à ce propos et son opposition farouche au découpage du temps avec une précision d’horloger a été maintes fois manifestée.

Cependant, une précision interprétative de ses œuvres accompagnée d’un grain de « folie et de délire », l’écartèrent d’une perception ennuyeuse et décousue d’un texte musical mal digéré 150. En effet, il est probable que le souci occulte du père de la métatonalité vis-à-vis des problèmes du temps soit semblable aux préoccupations d’un Eliott CARTER ou bien d’un Conlon NANCAROW ; mais oui, la métatonalité supporte aussi le référentiel de durées et C. BALLIF , à la fin de sa vie en est tout à fait conscient.

PREMIÈRE SECTION : DILATATION MÉTRIQUE

TON INDICATIF : Sol #

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 88 bpm MODERATO

Deuxième partie, section I


DEUXIÈME SECTION : ANACROUSE

MOUVEMENT métronomique : 144 bpm

anacrouse



TROISIÈME SECTION : STABLE

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 88

Troisième sections


QUATRIÈME SECTION : PARENTHÈSE

Mouvement métronomique : 88

4ème section


CINQUIÈME SECTION : Vivacissimo

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 152 bpm

(réintroduction du son antipode RÉ bécarre)

5ème section


CINQUIÈME SECTION : MENO

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 100 bpm

5ème section


SIXIÈME SECTION : MODULATION

INVARIANT HARMONIQUE : DO → SOL → RÉ

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 152. VIVACISSIMO

(réintroduction du son antipode RÉ bécarre)

6ème section

SEPTIÈME ET HUITIÈME SECTION : OPPOSITION

LENT – RAPIDE

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : MENO, NOIRE 120 / MENO,

NOIRE 80. RALENTISSEMENT PAR GLISSEMENT TEMPOREL

RELATION (3/2). OPPOSITION DE TIMBRES : FLATTER,

STACCATO, DÉTIMBRÉ, TOUT BLANC

7e et 8e sections

TROISIÈME PARTIE

UNIQUE SECTION : SUBITO VIVACISSIMO

MOUVEMENT MÉTRONOMIQUE : 144

INVARIANT HARMONIQUE : MI→SI→FA#

CONCENTRATION DU CONTRASTE DE TIMBRES

Fin